Je suis en train de monter un set de pédales pour musique expérimentale… J’y inclue une fuzz, mon Tensor de RedPanda, fidèle compagnon de route. Et le Thing Modulator, une espèce de ring modulator qui me permet d’obtenir des sons surprenants et inattendus.

Cependant, comme je l’ai déjà commenté dans l’article sur le Thing Modulator, celui-ci émet une oscillation de fond dans les aigus, dont la fréquence bouge avec les réglages. Difficile à filtrer, le mieux que j’ai pu faire, c’est inclure un filtre passe-bas en sortie pour filtrer au mieux cette oscillation.

Mais ce n’est pas optimal…

J’ai donc décidé d’utiliser les grands moyens, et d’utiliser un Noise Gate.

Mais qu’est-ce qu’un noise gate ?

Nous allons voir cela tout de suite. Ensuite je vous montrerez un noise gate facile à monter que j’ai trouvé sur le net. Je lui ai fait une petite modification pour que ce soit encore plus simple à fabriquer.

Puis je ferai une petite démo sonore pour vous motiver à le fabriquer, si vous en avez besoin.

1 Qu’est-ce qu’un Noise Gate ?

1.1 Application

On utilise en général un noise gate lorsque l’on veut éliminer un bruit de fond. Le volume de ce bruit de fond est souvent indiscernable lorsque le signal est assez puissant, mais bien perceptible et ennuyant lorsque la musique s’arrête.

Typiquement, c’est le buzz produit par une guitare à simple bobinage qui capte le bruit électromagnétique ambiant.

(Essayez avec votre guitare, si elle est munie de micros simple bobinage de vous approcher d’une lampe de bureau, ou d’une prise secteur par exemple).

Cela peut également provenir de l’alimentation des pédales, d’une mauvaise conception des circuits, d’une masse qui ne fait pas contact.

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Dans ce dernier cas cependant, je conseille de repérer le mauvais contact plutôt que d’utiliser l’artillerie lourde comme un noise gate 😄. Je vais revenir là dessus plus bas.

1.2 Effet du noise gate sur le signal

Sur la figure suivante, je vous montre ce que fait un noise gate :

Action du Noise Gate sur la décroissance naturelle du signal de guitare.
Action du noise gate sur la décroissance naturelle du signal de guitare.

À gauche, j’ai représenté l’amplitude du signal qui sort de la guitare après avoir joué une note. Si on ne fait rien, mais on laisse la note sonner, son volume ou intensité va décroître avec le temps.

Si on enclenche le noise gate, lorsque l’intensité de la note passe en dessous du seuil que l’on a défini, il va couper le son.

Note : je ne parle pas ici du temps de montée et de descente, paramétrables aussi dans un noise gate.

Par conséquent, en réglant le seuil de manière à être plus grand que le volume du bruit de fond que l’on veut filtrer, on va l’éliminer.

Cependant, on voit qu’en contrepartie on supprime également le sustain naturel des notes de guitare, qui n’est pas forcément long à la base !

De plus, un noise gate a un effet sur les dynamiques du jeu. En gros, il va changer votre attaque. C’est un outil utile si on en a une bonne connaissance et qui requiert donc d’y passer du temps.

Personnellement, je n’en utilise pas !

Mais pour mon Thing Modulator, que j’utilise ponctuellement, je pense que ce peut-être la solution pour couper cette oscillation résiduelle dont je parlais en introduction, quitte à perdre un peu de sustain.

2 Un exemple simple de Noise Gate à monter soi-même

L’idée est donc la suivante : coupler mon Thing Modulator à un Noise Gate facile à fabriquer, et qui ne s’allume que si le Thing Modulator est en route.

En gros je fabrique un “nouvel” effet en mettant ces deux effets en série.

2.1 One Knob Noise Gate

En “feuilletant” les pages internet, j’ai trouvé un schéma potentiellement intéressant, le One Knob Noise Gate. Voici son schéma électrique :

One Knob Noise Gate, d'après [1]
One Knob Noise Gate, d’après [1]

J’ai donc testé ce circuit proposé dans Effects Layouts en sortie de mon Thing Modulator, et oh surprise, ça marche !

Alors comment ça marche ? Ben je ne vais pas trop entrer en détails, mais ce qui est important c’est qu’on a en Q3 un transistor de type MOSFET, qui agit comme un commutateur.

Lorsque le signal est faible, il est en mode passant (il est équivalent à un fil), le signal passe par lui et est envoyé à la masse.

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Lorsque le signal est important, il est en mode bloqué (équivalent à un interrupteur ouvert) et le signal va vers la sortie OUT.

C’est la tension au niveau de son électrode de porte (l’électrode reliée à R3) qui va décider si Q3 est passant ou bloqué.

2.2 Problème rencontré

Voilà, donc comme je le disais, ça fonctionne bien. Mais au niveau pratique j’ai eu un petit problème avec le MOSFET.

J’ai utilisé des 2N7000, équivalents du BS170 car c’est ce que j’avais sous la main, et j’en ai grillé pas mal en testant le circuit.

En effet, il faut savoir que les MOSFET sont délicats, et très sensibles aux décharges électrostatiques qu’on peut leur envoyer [2,3].

Ceci est dû au fait que sans le vouloir, nous nous chargeons en électricité. Pas beaucoup, mais suffisamment pour “claquer” l’oxyde de porte (un isolant) nécessaire au fonctionnement des MOSFET (le O de MOSFET signifie oxyde).

Il faut donc prendre des précautions pour les manipuler, ne pas toucher les électrodes avec les doigts, travailler dans un environnement libre de tout échange électrostatique, faire attention quand on alimente le circuit…

On peut également inclure une diode Zener de protection entre les électrodes de source et de porte du MOSFET.

3 Modification du circuit

3.1 Utilisation d’un transistore bipolaire (BJT)

Mais pour ne pas m’embêter, et vu que le MOSFET n’agit pas sur le son (voir plus haut), j’ai substitué le MOSFET par un BJT normal et courant.

Alors petit rappel, BJT c’est pour transistor bipolaire.

J’ai donc utilisé un BC547 pour remplacer le BS170. Pour que ceci fonctionne, on remplace la source par l’émetteur, la porte par la base et le drain par le collecteur. Il faut également que la base ait un peu plus de courant. J’ai donc diminué R3 qui passe de 470 kohms à 100 kohms.

Voici le circuit final, que j’ai redessiné pour avoir l’entrée à gauche et la sortie à droite :

One Knob Noise Gate modifié pour transistor bipolaire (les modifications apparaissent en rouge, voir le texte pour le détail).
One Knob Noise Gate modifié pour transistor bipolaire (les modifications apparaissent en rouge, voir le texte pour le détail).

3.3 Typon et PCB

Voici ce que cela donne au niveau du PCB, une fois le circuit dessiné avec un CAD :

One Knob Noise Gate modifié pour transitor bipolaire : PCB et typon à l'échelle.
One Knob Noise Gate modifié pour transitor bipolaire : PCB et typon à l’échelle.

Vous pouvez utiliser le typon ci-dessus tel quel. Je l’ai dessiné pour avoir une dimension de 30 mm x 33 mm.

La raison de cette petite taille est que je veux faire entrer ce circuit, le Thing Modulator et un 3è circuit dans un boîtier. Ce dernier circuit est capable de séparer le signal d’entrée en deux. Ceci pour obtenir en sortie un mix entre signal avec effet et signal sans effet (plus là dessus prochainement !).

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Et voici le circuit imprimé fabriqué, une fois les composants montés :

One Knob Noise Gate - BJT mod
One Knob Noise Gate – BJT mod

Pour fabriquer le PCB j’ai utilisé du perchlorure de fer. J’ai préalablement transféré le circuit sur la plaque epoxy cuivrée par la technique de l’imprimante laser.

Vous remarquerez qu’au lieu d’utiliser un potentiomètre extérieur, j’utilise un trimpot.

En effet, je me suis rendu compte lors de mes tests sur protoboard que le potentiomètre n’a pas de grand intérêt… Mettre un trimpot permet de faire un réglage en interne et d’éviter d’avoir à penser où caser ce fichu potentiomètre dans le boîtier !

C’est tout bénef donc 😇

Les petits picots désignés par les lettres I, O, M et 9 sont des picots d’Arduino. Ils me permettent de connecter les différents PCB entre eux par des fils sans avoir à souder. C’est très pratique pour l’aspect modulaire !!

4 Démo sonore

Pour finir, voyons comment sonne le Thing Modulator avec le One Knob Noise Gate modifié, le tout monté en série !

Pour rappel, mon Thing Modulator est un pseudo-ring modulator. Je l’ai modifié en ajoutant d’une part un filtre passe-bas et d’autre part un interrupteur pour changer le condensateur qui détermine la plage de fréquence utilisée par le PLL.

Voilà, j’espère que cet exemple d’utilisation de noise gate facile à fabriquer vous aura plu !

N’hésitez pas à commenter l’article ou à le partager !!

Références
[1] http://effectslayouts.blogspot.com/2016/07/one-knob-noise-gate.html
[2] https://electronics.stackexchange.com/questions/9915/are-discrete-mosfets-esd-sensitive
[3] https://groups.io/g/QRPLabs/message/14943

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Cet article a 7 commentaires

  1. Gérald

    Encore un super article. La suite logique du thing modulator. J’aime l’idée d’un set de pédales pour musique expérimentale.
    De mon coté j’ai monté 4 thing modulator sur une plaque de prototypage soudé. j’espère ainsi pouvoir les utiliser comme 4 effets indépendant 4 entrées 4 sorties (pour des claviers par exemple) ou en parallèle 1 entrée 4 sorties (pour une guitare sur 4 voies mono d’une table de mixage par exemple). j’espère ainsi pouvoir utiliser les défauts du bruit de fond comme une harmonie accordable.
    Bref tous ça est encore un peu brouillon dans mon esprit.
    Pouvoir entendre ou non le bruit de fond du thing modulator grace à votre Noise Gate maison m’intéresse aussi beaucoup. Très beau travail.

    1. fais-tes-effets-guitare.com

      Bonjour Gérald,
      merci beaucoup pour votre commentaire !
      Votre idée de mettre des Things Modulators en parallèle est excellente. En réglant les 4 sur la bonne tonalité ça doit produire des sons incroyables !
      Dans le cas d’une utilisation à une entrée, peut être puis-je suggérer de mettre un buffer entre la guitare et les TM, pour splitter le circuit en 4 voies. Faut voir.
      Bonne continuation, je suis curieux de savoir comment ça sonne.
      Et content que ce genre d’article vous plaise ! 🙂

  2. Gérald

    C’est encore en phase de test. J’ai tous scotché sur une planche de bois les potentiomètres et les switch du 4 things Modulators, sinon c’était ingérable. Malheureusement je n’ai pas de Buffer pour tester. j’ai bien essayé de monter votre booster Jfet en amont. Mais il n’a pas fonctionné (j’ai un doute sur la bonne santé de mes 2N5458).
    Comme vous j’utilise des picots pour Arduino pour les In out 9v. J’avais acheter ça en pensant m’en servir avec des cables pour protoboard mais les sections sont trop petites pour les accepter. Par contre ça fonctionne bien avec du fil monobrun rigide ainsi que pour des composants interchangeables.
    Quand j’aurais le matériel nécéssaire je testerai certainement votre Noise Gate.
    Je vais continuer à expérimenter et je vous ferais suivre mes avancés 😉

    1. fais-tes-effets-guitare.com

      C’est super Gérald, bon courage ! 🙂
      Si je peux juste ajouter un petit truc, peut-être que fixer tout ça dans une carcasse métallique ça vous fera gagner du temps. Je dis ça parce que ça m’arrive de tester des circuits sur des trucs bancales, plein de faux contact et au final, fixer les potards et les interrupteurs dans un truc solide ça permet de gagner du temps et de moins s’arracher les cheveux. 😩
      Bonne continuation en tout cas et à bientôt !! 😄

  3. romain

    Encore un très bon article! très bien expliqué ! le résultat est génial, merci !

    1. fais-tes-effets-guitare.com

      Bonjour Romain, merci pour ton commentaire, ça fait plaisir. À bientôt !

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